Le Delta du Mekong par soi-même : et le miracle fût !
Le lendemain, je me réveille seule dans ma grande chambre d’hôtel. Nathalie n’est plus là…
Plus personne quand j’ouvre les yeux le matin, adieu la quête de l’indispensable café matinal, au revoir les plannings de voyage orchestrés avec génie, plus de compagne pour se soutenir dans les moments de la galère, finies les stratégies échafaudées pour les bus, et qui va faire des « supers » blagues aux commerçants ? Terminés les photos en duo, les souvenirs d’enfance, exit les conversations où l’on refait le monde sur le toit des hôtels, bref… Ma plus ancienne amie est partie, avec qui je vais rigoler ?
Un mélange de sensations s’empare de moi : légère angoisse mais aussi… excitation ! J’ai l’impression que le voyage commence vraiment, dans le sens où maintenant, c’est à moi de faire mes choix, de prendre mes propres décisions.
Première action en solo : changer d’hôtel et aller me poser dans un dorm pas cher. Aussitôt dit, aussitôt réalisé. Avec ses lits superposés entassés dans une chambre minuscule, je n’ai pas du tout envie d’y faire long feu. Ça tombe bien, je compte partir dans le Delta du Mekong dès le lendemain.
Action numéro 2 : trouver une agence qui propose le parcours en vélo
Mon idée est de réaliser la visite en vélo. Je n’ai pas envie de faire le journée « classique » où tout est planifié, cadencé, organisé à l’avance. La Baie d'Along c'était bien sympa mais un peu trop "scolaire" pour moi (je revois encore la guide nous interdire d'aller nous baigner car nous n'avions pas le temps !). Je fais toutes les agences du célèbre quartier backpacks. La plupart ne propose pas de parcours à vélo. Et si jamais c’est le cas, il s’agit d’une demi-heure de vélo intercalée dans un programme rodé à la perfection. Non merci. Je tombe enfin sur une agence qui a l’air de proposer une super excursion où on visite réellement le delta du Mekong à vélo. 7 à 8 heures de vélo par jour, voilà qui semble bien !. C’est cher, mais pourquoi pas. À moins d’être multimilliardaire, il faut rejoindre un groupe déjà constitué afin de diminuer les coûts. On peut consulter en ligne les groupes et les programmes. Le programme qui m’intéresse est dans 4 jours. Le problème, c’est que je déteste toujours autant Hô Chi Minh. Je n’ai aucune envie de rester ici 4 nuits de plus. À grands regrets, je laisse tomber l’idée du vélo. Je jette un œil aux prospectus récupérés, ça me déprime d’avance. Je rentre à l’hôtel la mort dans l'âme, décidée malgré moi à réserver leur excursion en parfait désespoir de cause. La fille me regarde d'un air méprisant (mais dit donc, encore une Vietnamienne charmante...) et me dit « NON ! », c’est trop tard et gnagnagna.
Action numéro 3 : laisser tomber les agences et se débrouiller !
J’y vois un signe. Il faut faire le delta par moi-même. Je cherche sur le Net, apparemment ce n’est pas impossible. Il faut juste faire la sourde oreille aux commentaires tels que « trop galère », « impossible sans parler Vietnamien », « trop cher ». Je repère sur deux blogs une adresse de homestay située sur une petite île, An Binh, qui a l’air au top.
Je vais me coucher sans n'avoir rien réservé, on verra bien demain…
Au passage, je découvre les joies d’aller se coucher dans un dorm sans avoir rien anticipé (frontale, trousse de toilette et tenue pour dormir paquetées avec soin tout au fond de mon sac à dos), qu’il fait nuit noire et que tout le monde dort… Voilà déjà une première leçon !
Action numéro 4 : acheter un billet à destination de Vinh Long
Le matin, je me fais réveiller par les lève-tôt (ahhh le bonheur d’une nuit en dorm...) mais ce n’est pas plus mal. Il faut que je m’active ! Je retourne dans les agences, trouve le billet le moins cher à destination de Vinh Long, la ville où je suis censée trouver un ferry pour An Binh.
Action numéro 5 : laisser le miracle arriver
Et à partir de ce moment, le miracle fût. Il y a des fois où tout est réservé et rien ne se passe comme prévu. Là c'est le contraire, tout s'est parfaitement enchainé de A à Z et je me suis retrouvée dans le homestay de mon choix en deux coups de cuillère à pot !
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Retour rapide sur le miracle
Je demande à l'hôtel de passer un coup de fil au homesay. Ça sonne, ça répond, c'est OK ! Le gars me donne des indications mais je ne suis pas sûre de comprendre. On verra bien plus tard.
Je retourne à l'agence où j'ai acheté mon billet. Une motorbike nous emmène, mon gros sac et moi, jusqu'à une première station de bus. C'est le chauffeur de la motorbike qui se charge d'acheter mon ticket, d'attendre avec moi et de charger mon sac dans le bus, le tout sans me demander de pourboire.
Le bus nous dépose dans une autre station. Pas un seul fareng à l'horizon. Trop bien ! J'attends sans trop savoir comment reconnaitre mon futur bus. Une passagère me prend sous son aile et me fait comprendre qu'elle me le montrera. Heureusement car le micro crache le nom des destinations et je ne comprends rien. Le bus arrive, la passagère vient même vérifier à l'intérieur que je suis bien assise et touche deux mots au chauffeur qui me fait de grands sourires.
Le bus démarre. C'est la classe ultime. Le bus est propre, chacun à son siège, pas de sac de riz au milieu de l'allée, y'a la clim, plein de place pour les jambes et les sièges s'inclinent sans pour autant écraser la personne de derrière. On nous donne des bouteilles d'eau et une petite lingette au nom de la compagnie et nous sommes bercés par la voix d'un type qui parle au micro dans le plus pur style "hôtesse de l'air". Il se met même à parler anglais avec moi. Bref je ne voyagerai plus qu'en bus local !
Quand on descend pour la pause, le chauffeur me désigne sa montre pour bien me faire comprendre l'heure de fin. Au moment de remonter, le bus entier regarde si j'ai bien retrouvé ma place.
Ensuite, je suis déposée à la gare de Vinh long. C'est là que ça AURAIT DU foirer, car pour rejoindre l'île d'An Binh il faut prendre un ferry et je n'ai aucune idée d'où se trouve l'embarcadère. D'après ce que j'avais cru comprendre au téléphone le matin, l'hôtel m'avait dit qu'il y avait moyen d'avoir un ride gratuit mais je n'ai pas bien compris à quel moment... Je rentre dans l'office histoire d'en savoir plus. Personne ne parle anglais sauf un dénommé Nham/Nam (?), un type d'une guesthouse concurrente qui commence à me prendre la tête "Viens chez moi, le ferry est super loin, je te fais le trajet gratos". Je lui dit que j'ai réservé, il me dit que ce n'est pas grave. Je n'aime pas du tout son attitude. Je préfère encore dormir à la rue que dans son homestay !
Je reste dans le bureau à m'interroger sur le sens de la vie, le Nham collé à mes basques, quand soudain quelqu'un me fait un signe. On me dit le nom de la gare maritime et on me désigne un minibus. Je ne sais pas d'où est sortit ce bus, s'il y en a souvent, si c'est payant, ni rien... Je ne me pose pas la question, je grimpe, sous le regard agacé de Nham.
La route est longue. Sur ce coup-là, il n'avait pas mentit en tout cas. Puis soudain, l'embarcadère se dresse devant moi ! Je descends du minibus sans rien payer. Je vois qu'il y a un ferry alors je me dépêche. En deux temps trois mouvements, l'équipe du bateau me repère, me fait passer gratos (je vous rappelle que je suis au Vietnam, gratuit = "Incrédibeuuullleeeee !"), m'invite dans la cabine, pose en photo avec moi et me refile un énorme bouquet de litchis en cadeau.
Au moment de débarquer, l'un d'eux me fait signe de l'attendre. Il m'invite à monter sur sa moto sur les petits chemins de l'île. Je me retrouve en quelques minutes (et gratuitement) avec la carte du gentil matelot dans les mains (qui veut que je l'appelle j'imagine, la question étant en quelle langue nous pourrons bien communiquer...) devant la porte du meilleur homestay du monde : la pépinière Tam Ho.
À suivre...